Marguerite THIBERT

1886-1982, fonctionnaire du BIT

Née Javouhey le 31 janvier 1886 à Chalon-sur-Saône en France et décédée le 14 novembre 1982 à Paris, Marguerite Thibert est une fonctionnaire internationale du Bureau international du travail (BIT), secrétariat de l’Organisation internationale du travail, et militante pour la cause des femmes.

Docteure ès lettres, Marguerite Thibert fait partie de la première génération de femmes à accéder aux universités françaises. Étudiante à la Sorbonne à partir de 1916, elle poursuit sa formation jusqu’au doctorat avec une thèse intitulée Le féminisme dans le socialisme français de 1830 à 1850. Publiée en 1926, cette recherche sur celles qu’elle appelle « ses sœurs de combat » traduit, dès sa jeunesse, des convictions socialistes et progressistes. Mère d’une petite fille et veuve depuis 1915, elle est enseignante au Collège Sévigné durant ses années d’études pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille.

En 1926, Marguerite Thibert rejoint le BIT sous la recommandation de Célestin Bouglé, son directeur de thèse. Pendant cinq ans, elle y enchaine des contrats de courte durée avant de se retrouver à la tête du Service du travail des femmes et des enfants à partir de 1931. Elle est entre autres reconnue pour être à l’origine de l’interdiction du travail de nuit des femmes. À l’époque, le sujet a beaucoup divisé les différentes mouvances féministes. Les féministes libérales refusent son interdiction à cause du risque de créer de l’inégalité pour les femmes diplômées, tandis que les féministes socialistes réclament son interdiction pour protéger les ouvrières, plus particulièrement les ouvrières des mines. Marguerite Thibert prend sa retraite administrative en 1947, mais elle continue à être considérée comme une experte éminente de la question du travail des femmes. Elle fait ainsi plusieurs missions à l’étranger pour le compte du BIT, notamment en 1966 en Algérie, missions dévolues à la question du préapprentissage des filles, elle a alors 80 ans.

Marguerite Thibert a toujours été une femme engagée, d’abord au travers de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté puis, à partir des années 1960, au sein du Mouvement démocratique féminin, un mouvement français qui rassemble des femmes de la gauche non communiste et milite notamment pour l’intégration des femmes à la vie politique, la légalisation de la contraception et l’égalité dans le travail. Socialiste convaincue, elle soutient publiquement la candidature de François Mitterrand en 1965. Dans les années qui suivent, elle continue à militer pour la cause des femmes. Dotée d’un réseau mondial, elle prône notamment la coopération des femmes de l’Est et de l’Ouest et participe à de nombreuses conférences féministes internationales, dont certaines dans des pays communistes. Elle meurt le 14 novembre 1982, à 96 ans.


Biographie : Myriam Piguet

Travaux (sélection)
  • Le féminisme dans le socialisme français de 1830 à 1850, Paris, M. Giard, 1926.
  • « Crise économique et travail féminin », Revue internationale du travail, Genève, vol. 27, no 4 et 5, 1933, p. 465-493 et p. 647-657.
  • « La formation professionnelle des femmes et ses problèmes », Revue française de pédagogie, vol. 4, no 1, 1968, p. 18-31.
Bibliographie
  • Ripa, Yannick, « Féminisme, une vie de combats », Libération, 20 décembre 2017 (https://next.liberation.fr/livres/2017/12/20/feminisme-une-vie-de-combats_1618057).
  • Thébaud, Françoise, « Les femmes au BIT : l’exemple de Marguerite Thibert », in Delaunay, Jean-Marc, Denéchère, Yves (dir.), Femmes et relations internationales au XXe siècle, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2006, p. 177-188.
  • Thébaud, Françoise, « Thibert Marguerite », in Bard, Christine, Chaperon, Sylvie (dir.), Dictionnaire des féministes. France XVIIIe-XXIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 2017, p. 1417-1421.
  • Thébaud, Françoise, Une traversée du siècle. Marguerite Thibert, femme engagée et fonctionnaire internationale, Paris, Belin, 2017.
100 Elles* - Le recueil

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L’avenue Ruth Bösiger ? La rue Grisélidis Réal ? Ou le boulevard des Trente Immortelles de Genève ? Si ces noms ne vous disent rien, c’est parce que ces rues n’existent pas. Ou pas encore... À Genève, l'Escouade a fait surgir cent femmes* du passé où elles avaient été enfouies, en installant de nouveaux noms de rues dans la ville. Le livre 100Elles*constitue le recueil de ces cent portraits illustrés.

Cent biographies de femmes ayant marqué l'histoire du VIe au XXe siècle pour lutter contre l'effacement des figures féminines de la mémoire collective et les mécanismes patriarcaux de l’historiographie.

Cet ouvrage est le fruit d'un travail collaboratif, local et inclusif. Rédigé par des historiennes de l’Université de Genève et réalisé sous la direction de l’Escouade, il est illustré par dix artistes genevoises, alumnae de la HEAD – Genève, partenaire du projet.

Ouvrage disponible en librairie et sur le site des Editions Georg: https://www.georg.ch/100elles