Louise BOULAZ

dite Loulou, 1908-1991, alpiniste

Née le 6 février 1908 à Avenches en Suisse et décédée le 13 juin 1991 à Genève, Louise Boulaz est une sténographe et alpiniste, plus connue sous le surnom de « Loulou », voire de « Loulou la Rouge ». Renommée internationalement, elle est membre d’honneur de la Section genevoise du Club alpin suisse (CAS), de l’Alpine Club britannique et du Ladies’ Alpine Club.

Après avoir fréquenté l’École secondaire et supérieure de jeunes filles, Louise Boulaz est recrutée comme copiste à la Société des Nations. Elle y reste pour une courte période, de mai 1926 à février 1927, avant de commencer, la même année, une carrière de sténographe au Bureau international du travail. Dans les décennies qui suivent, elle poursuit sa formation lors des congrès de l’Association sténographique Aimé Paris. Elle y passe respectivement les diplômes dits de professionnel en 1942 et de parlementaire en 1946, en obtenant à chaque fois la meilleure note, celle de 1.

À côté de sa profession, Louise Boulaz s’exerce au cours des années 1930 à diverses pratiques sportives en montagne, dont le ski alpin. Membre de l’équipe nationale suisse entre 1936 et 1937, elle obtient la quatrième place au slalom des championnats du monde de Chamonix en 1937. Un an plus tard, elle remporte une descente lors du concours international de Morzine. Louise Boulaz s’initie également à la varappe au Salève et s’impose dans le monde de l’alpinisme, à une période où la Section genevoise du CAS refuse d’intégrer des femmes parmi ses membres ordinaires.

Louise Boulaz réalise plusieurs des premières ascensions féminines dans le massif du Mont-Blanc. Aux côtés de Lucie Durand, elle grimpe la Dent du Requin en 1932, la façade sud de la Dent du Géant en 1933, et mène la traversée des Grands Charmoz et des Droites en 1935. La même année, elle est la première femme à atteindre l’inaccessible éperon Croz des Grandes Jorasses – devancée seulement d’une journée par la première équipe –, ainsi que la face nord du Petit Dru. Louise Boulaz accomplit également plusieurs premières ascensions en haute montagne, tout sexe confondu. Elle est la première personne à gravir la face est du Bec d’Oiseau (aiguilles de Chamonix) en 1938 et à escalader la face nord du Zinalrothorn en 1941, un sommet des Alpes valaisannes situé à 4 221 mètres. En 1959, elle participe aussi à une expédition internationale entièrement féminine dans l’Himalaya, vers le Cho Oyu (8 201 mètres), une première dans la chaine de montagnes, et dont le parcours s’étale sur 200 kilomètres. Elle est néanmoins contrainte de redescendre, souffrant d’un œdème pulmonaire de haute altitude.

En parallèle de ses activités sportives, Louise Boulaz traduit en français l’ouvrage d’Anderl Heckmair en 1951, Les trois derniers problèmes des Alpes. La face nord du Cervin, la face nord des Grandes Jorasses, la face nord de l’Eiger ; un ouvrage qui retrace les difficultés d’ascensions de ces sommets dans les années 1930 et l’expédition réussie de l’Eiger de 1938. En 1986, elle reçoit le « Mérite alpin » lors du 17e Festival international du film alpin des Diablerets et de l’environnement de montagne. Questionnée sur son rapport à la vieillesse par Claude Rémy, le président du jury, elle affirme avec philosophie qu’« à tout âge on peut accomplir des performances avec les mêmes joies et plaisirs ». En février 2018, le Conseil d’État genevois décide de lui rendre hommage en nommant une partie de l’aménagement urbain de la gare des Eaux-Vives « promenade Louise-BOULAZ ».


Biographie : Caroline Montebello

Sources
  • « Les fêtes scolaires. École secondaire et supérieure des jeunes filles », Journal de Genève, 6 juillet 1922, p. 5.
  • « La paroi des Grandes Jorasses a été vaincue », Gazette de Lausanne, 5 juillet 1935, p. 8.
  • « IVe Congrès de l’Association sténographique Aimé-Paris », Journal de Genève, 8 juillet 1942, p. 4.
  • M. M., « Congrès de l’Association sténographique Aimé Paris », Gazette de Lausanne, 2 juillet 1946, p. 5.
  • « Le Mérite alpin à Mme Loulou Boulaz », Gazette de Lausanne, 4 et 5 octobre 1986, p. 7.
  • « Trois héros des années trente sur un plateau aux Diablerets », Gazette de Lausanne, 17 octobre 1986, p. 4.
  • Roch, André, « In Memoriam. Louise Boulaz 1908-1991 », Alpine Journal, vol. 97, 1992-1993, p. 323.
Bibliographie
100 Elles* - Le recueil

Retrouvez cette biographie dans le recueil

L’avenue Ruth Bösiger ? La rue Grisélidis Réal ? Ou le boulevard des Trente Immortelles de Genève ? Si ces noms ne vous disent rien, c’est parce que ces rues n’existent pas. Ou pas encore... À Genève, l'Escouade a fait surgir cent femmes* du passé où elles avaient été enfouies, en installant de nouveaux noms de rues dans la ville. Le livre 100Elles*constitue le recueil de ces cent portraits illustrés.

Cent biographies de femmes ayant marqué l'histoire du VIe au XXe siècle pour lutter contre l'effacement des figures féminines de la mémoire collective et les mécanismes patriarcaux de l’historiographie.

Cet ouvrage est le fruit d'un travail collaboratif, local et inclusif. Rédigé par des historiennes de l’Université de Genève et réalisé sous la direction de l’Escouade, il est illustré par dix artistes genevoises, alumnae de la HEAD – Genève, partenaire du projet.

Ouvrage disponible en librairie et sur le site des Editions Georg: https://www.georg.ch/100elles