LEE Ya-Ching
Source/Pionnair-GE

LEE Ya-Ching

1912-1998, actrice et aviatrice

Née le 16 avril 1912 dans le district administratif de Haifeng en Chine et décédée le 28 janvier 1998 à Oakland aux États-Unis, Lee Ya-Ching est une actrice et pionnière de l’aviation.

Ayant perdu sa mère en 1916, Lee Ya-Ching est élevée par son père qui lui permet de pratiquer de nombreuses activités considérées à l’époque comme réservées aux garçons, telles que les arts martiaux ou l’équitation. À l’âge de 14 ans, elle entame une carrière d’actrice et joue dans plusieurs longs-métrages dont La romance de la chambre ouest (1927) et la première adaptation au cinéma de Mulan (1928). Trois ans plus tard, son père l’envoie en Angleterre afin d’y terminer des études. Elle y rencontre son premier mari, avec lequel aura par la suite deux enfants, et dont elle se sépare une dizaine d’années après.

Autour de l’année 1930, le couple s’installe à Genève, au numéro 22 de la rue William Favre. C’est en 1932, à l’occasion de la treizième édition du Salon de l’aviation du Bourget, que Lee Ya-Ching décide de devenir aviatrice. Elle passe sa toute première licence de vol à Genève, à l’aéroport de Cointrin, en 1934. Elle y obtient ensuite un second brevet, lui permettant de suivre des cours d’aviation aux États-Unis. Un incident lors d’un exercice de vol en 1935 à San Francisco est emblématique de son tempérament. Durant cet exercice, sa ceinture se détache et Lee Ya-Ching se sent glisser en dehors de l’avion ; elle poursuit néanmoins son premier exercice de vol acrobatique jusqu’au bout. Elle accomplit cette action périlleuse, car elle refuse de remettre en question les efforts accomplis précédemment pour intégrer l’univers masculin de l’aviation. Après avoir obtenu une licence de pilote privé aux États-Unis, elle retourne à Shanghai à la fin de l’année 1935 et devient la première femme de l’histoire de Chine à obtenir le brevet de pilote ; elle y devient également la première femme instructrice de l’école d’aviation civile de Shanghai, dont elle a largement participé à la fondation. Enfin, elle est la première femme à exécuter en Chine une prestation publique de voltige à l’occasion d’un évènement officiel – les 50 ans de Chiang Kaï-Shek.

L’invasion de la Chine par le Japon en juillet 1937 ébranle Lee Ya-Ching, qui propose aussitôt son aide en tant qu’aviatrice de combat d’abord, de transport ensuite. Ces deux offres successives sont repoussées par le gouvernement chinois. Profondément contrariée, mais souhaitant malgré tout soutenir son pays, elle ouvre alors sur ses fonds personnels un centre d’accueil d’urgence des blessés de guerre – qui deviendra ensuite un hôpital de la Croix-Rouge –, un centre d’accueil pour les orphelin.e.s de guerre et une station de radio participant à l’organisation de la résistance. Sa tête est mise à prix par les autorités japonaises et elle se voit contrainte de fuir Shanghai lors de l’invasion de la ville par les troupes japonaises en 1938. Elle décide cependant de continuer à aider son pays de l’étranger. Elle vend bon nombre de ses possessions afin d’acquérir un avion, avec lequel elle engage une campagne de collecte de fonds aux États-Unis destinée à financer des associations d’aide aux réfugié.e.s chinois.es. Cette campagne sera la première d’une série de collectes, qu’elle mènera de 1939 à 1945 afin de promouvoir, notamment, l’action de la Croix-Rouge dans les conflits armés.

À la fin de la guerre, Lee Ya-Ching tente de poursuivre sa carrière de pilote en Chine. Elle est à nouveau rejetée par le milieu de l’aviation, retourne alors à San Francisco et y repasse un brevet de pilote, le sien ayant expiré. Elle s’installe à Oakland et y termine ses jours, n’ayant plus volé que pour son plaisir. Elle meurt à l’âge de 85 ans.


Biographie : Flore Vanackère

Bibliographie
100 Elles* - Le recueil

Retrouvez cette biographie dans le recueil

L’avenue Ruth Bösiger ? La rue Grisélidis Réal ? Ou le boulevard des Trente Immortelles de Genève ? Si ces noms ne vous disent rien, c’est parce que ces rues n’existent pas. Ou pas encore... À Genève, l'Escouade a fait surgir cent femmes* du passé où elles avaient été enfouies, en installant de nouveaux noms de rues dans la ville. Le livre 100Elles*constitue le recueil de ces cent portraits illustrés.

Cent biographies de femmes ayant marqué l'histoire du VIe au XXe siècle pour lutter contre l'effacement des figures féminines de la mémoire collective et les mécanismes patriarcaux de l’historiographie.

Cet ouvrage est le fruit d'un travail collaboratif, local et inclusif. Rédigé par des historiennes de l’Université de Genève et réalisé sous la direction de l’Escouade, il est illustré par dix artistes genevoises, alumnae de la HEAD – Genève, partenaire du projet.

Ouvrage disponible en librairie et sur le site des Editions Georg: https://www.georg.ch/100elles