Anne De LUSIGNAN
Tapisserie figurant deux personnages, probablement Anne de Lusignan et son époux, 1460-1465, Musée des arts décoratifs, Paris (image provenant de Wikipedia).

Anne De LUSIGNAN

1418-1462, duchesse de Savoie et fondatrice d’une chapelle au couvent de Rive

Née le 24 septembre 1418 à Nicosie et décédée le 11 novembre 1462 à Genève, Anne de Lusignan, aussi nommée Anne de Chypre, est une duchesse de Savoie ayant fondé une chapelle au couvent de Rive à Genève.

Fille de Janus, roi de Chypre, et de Charlotte de Bourbon, Anne de Lusignan conclut un contrat de fiançailles le 9 aout 1431 avec le fils ainé du duc de Savoie Amédée VIII. Toutefois, le mariage n’a jamais lieu, car le jeune homme meurt cette année-là. En février 1434, elle se rend à Chambéry et épouse le deuxième fils du duc de Savoie, Louis, lors d’une somptueuse cérémonie. Ce mariage permet de créer une alliance profitable entre les Lusignan de Chypre et la Maison de Savoie. En 1440, elle devient duchesse de Savoie, lorsque Amédée VIII se retire du pouvoir. Sous la plume des chroniqueurs, Anne de Lusignan est une femme influente, plaçant habilement des Chypriotes à la cour de Savoie et jouant ainsi un rôle important dans les affaires du duché.

La duchesse manifeste un gout pour la littérature et les arts développé au sein de la cour chypriote où elle grandit. Lorsqu’elle se rend en Savoie, elle apporte plusieurs manuscrits luxueux avec elle, qui viennent enrichir la librairie ducale. Les comptes des ducs de Savoie conservent la trace de commandes d’ouvrages à caractère religieux effectuées par Anne de Lusignan et son mari, notamment plusieurs livres d’heures richement enluminés. L’un de ces recueils de prières, destiné à la duchesse, est enluminé en 1434 par Péronet Lamy, l’un des principaux enlumineurs à la cour de Savoie de cette époque. Les cent lettres d’or qu’il y peint attestent de la richesse et du cout probablement élevé de cet ouvrage.

L’inclination d’Anne de Lusignan pour l’art au service de la dévotion s’exprime sous une autre forme le 4 juin 1451. À cette date, elle fonde une chapelle consacrée à Notre-Dame de Bethléem au couvent des franciscains de Rive. La ville de Genève occupe une place de premier plan dans l’existence d’Anne de Lusignan et de son époux, qui mènent une vie itinérante. Iels s’établissent fréquemment dans l’hôtel des dominicains situé près de la Corraterie, à Plainpalais, et par la suite auprès des franciscains de Rive. La chapelle de Bethléem a été envisagée par Anne de Lusignan et son mari pour accueillir leurs corps après leur mort, ainsi que ceux de leurs descendant.e.s.

Au sein de la chapelle de Bethléem, une autre chapelle dédiée au « sépulcre du Seigneur » a été construite. Cette chapelle intérieure correspond probablement à celle qu’Anne de Lusignan a ambitionné d’édifier avant sa mort pour servir d’écrin au Saint Suaire lorsqu’elle réside à Genève. Relique extrêmement précieuse, le Saint Suaire est acquis par la Maison de Savoie et exposé à Genève en 1453, mais ne demeure toutefois pas dans cette ville. Il suit la duchesse et son époux au gré de leurs déplacements. On peut supposer qu’Anne de Lusignan est impliquée dans l’acquisition du saint linceul, en tant que descendante des monarques de Jérusalem.

Anne de Lusignan donne naissance à dix-huit enfants sans mourir en couches alors que cela était fréquent à cette époque. Néanmoins plusieurs de ses enfants meurent en bas âge. Mère du duc Amédée IX, son fils ainé, Anne de Lusignan est la belle-mère de Yolande de Savoie qui a été régente du duché durant douze ans. Anne de Lusignan décède à Genève, au couvent des franciscains, en 1462. Elle est enterrée dans la chapelle qu’elle y avait fait construire, où sa statue funéraire la représente avec des vêtements de franciscaine.


Biographie : Anne-Lydie Dubois

Bibliographie
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  • Pibiri, Eva, « Anne de Lusignan, duchesse de Savoie », in Deuber Ziegler, Erica, Tikhonov, Natalia (dir.), Les femmes dans la mémoire de Genève, du XVe au XXe siècle, Genève, Suzanne Hurter, 2005, p. 34-35.
  • Pibiri, Eva, « L’acquisition du Saint Suaire par la Maison de Savoie en 1453 : de nouveaux textes », Rivista di storia della Chiesa in Italia, vol. 57, no 1, 2003, p. 155-164.
  • Sheila, Edmunds, « The Missal of Felix V and Early Savoyard Illumination », The Art Bulletin, vol. 46, no 2, 1964, p. 127-141.
  • Uginet, François Charles, « Ludovico I di Savoia, duca di Savoia », in Dizionario biografico degli Italiani, vol. 66, Rome, Instituto della enciclopedia italiana, 2006, p. 430-433.
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Ouvrage disponible en librairie et sur le site des Editions Georg: https://www.georg.ch/100elles