Projet — Explications

Le projet en bref

Le projet 100Elles* traite de deux thématiques liées à l’égalité de genre. La place des femmes*[1] dans l’espace public et le rôle des femmes* dans l’Histoire. Cent femmes*, remplissant les critères officiels pour obtenir une rue à leur nom, seront mises en avant dans les rues de la Ville. Leurs biographies seront publiées et des visites guidées seront organisées. Ce projet se déroule de mars 2019 à juin 2020. Un recueil final reprenant toutes les biographies sera élaboré et publié dans le courant de l’année 2019.

Origine et objectifs du projet

Dans le Canton de Genève, il y a actuellement 548 rues qui portent des noms d’hommes et 41 de femmes*[2]. Les hommes représentent donc 93% des noms donnés à des rues. Il s’agit d’un vestige de siècles de domination masculine, et cela contribue aujourd’hui encore à renforcer les inégalités de genre.

Un dossier concernant les noms de femmes attribués aux rues a d’ailleurs été publié par le Service de promotion de l’égalité du Canton de Genève en 2005[3]. Dans ce dossier, on retrouve la description de femmes qui remplissent les critères officiels de nomination des rues (avoir marqué de manière pérenne l'histoire de Genève et être décédé depuis plus de 10 ans) , cependant depuis le dépôt de ce dossier, seules 19 femmes ont été rajoutées en 13 ans, qui plus est, dans de petites ruelles.

Problématique de l’espace public

Nous partons du constat que la sous-représentativité des femmes* dans l’espace public participe à leur invisibilisation. Il en résulte une illégitimité de leur présence au sein de la société ainsi qu’une restriction de leurs libertés individuelles. En voici quelques exemples: la proportion de femmes* dans les lieux publics est nettement inférieure à celle des hommes; il y a peu de structures de loisirs extérieurs dits féminins* par rapport à celles qui existent pour des activités dites masculines (skatepark, terrain de foot, etc.); les espaces ne sont pas sécurisés pour les femmes* (72% des femmes âgées de 16 à 25 ans interrogées ont rapporté avoir été confrontées à au moins un épisode de harcèlement de rue à Lausanne lors des douze derniers mois)[4].

Malheureusement ces problèmes ne sont pas conscientisés et surtout, peu d’actions sont mises en place pour modifier la situation. La proportion supérieure de noms de rue d’hommes par rapport aux noms de femmes* est une parfaite illustration de cette problématique. Donner une plus grande visibilité aux femmes* dans l’espace public, en leur accordant notamment plus de plaques de noms de rue, serait, selon nous, un premier pas pour pallier ce problème. En installant des plaques de rue de couleur violette avec des noms de femmes*, nous souhaitons ainsi réinvestir l'espace public de manière symbolique.

Problématique de la place des femmes* dans l’Histoire

Un autre aspect important est la place des femmes* dans l’Histoire. Les femmes* en sont les grandes oubliées, alors qu’elles* y ont toujours participé, et cet état de faits explique également cette inégalité dans l'attribution des noms de rue. En effet, les rues sont nommées d’après des personnes importantes dans l’histoire de Genève. Or, puisque les femmes* ont été effacées de l’Histoire, elles* ne sont aujourd’hui pas ou très peu représentées. Ainsi, commencer par reconnaître à sa juste valeur l’importance du rôle des femmes* dans le passé est nécessaire à un futur plus égalitaire. Il est donc essentiel de rendre visibles et accessibles tous les accomplissements importants des femmes* des différentes époques. Pour donner une réelle profondeur historique à ce projet, nous allons rédiger des biographies pour chaque femme* représentée en collaborant avec des historien.ne.x.s de l’Université de Genève. Ces biographies seront disponibles sur ce site internet. Nous élaborerons un recueil contenant toutes les biographies, qui paraîtra en septembre 2019.

En savoir plus sur

1 Par la suite, nous allons utiliser le mot “femme*” ou “elle*” pour désigner les femmes et personnes MOGAI: « Marginalized Orientations, Gender identities and Intersex ». Personnes marginalisées en fonction de leur identité/expression de genre et de leur orientation sexuelle et personnes intersexes.

2 État des lieux le 10.01.2019, selon le site du Canton de Genève: http://ge.ch/noms-geographiques/recherche-par-categories

3 Des rues aux noms de femmes, Département des institutions Service pour la promotion de l’égalité entre homme et femme. 2005

4 Selon le rapport d'enquête sur le harcèlement de rue à Lausanne, par la direction de la sécurité et de l’économie, en décembre 2016. http://www.lausanne.ch/lausanne-officielle/administration/securite-et-economie/secretariat-general-se/observatoire-securite/harcelement-de-rue.html