Victoire TINAYRE

1831-1895, Institutrice et pédagogue

Née Marguerite Victoire Guerrier le 6 mars 1831 à Issoire (Puy-de-Dôme) et décédée en aout 1895 à Neuilly-sur-Seine, Victoire Tinayre est une institutrice, ouvrière lingère, militante socialiste, communarde, auteure de romans et d’ouvrages de pédagogie.

Issue d’une famille de petits artisans, la future Victoire Tinayre passe son brevet élémentaire dans les années quarante et ouvre, en 1848, une école pour filles dans la maison familiale. Deux de ses frères étant très actifs dans des coopératives de producteurs interdites après le coup d’État de Louis Bonaparte (1848), son école est fermée. Installée à Paris, elle devient ouvrière lingère et passe son brevet de capacité pour devenir institutrice à Lyon en 1856. Elle codirige ensuite un pensionnat à Boulogne. Mariée et mère de deux enfants, elle écrit ses deux premiers romans en 1864 sous le pseudonyme de Jules Paty : La Marguerite et Le rêve de femme. Ce dernier texte, un roman social, décrit un village dans la misère peu à peu transformé grâce à une modification en profondeur de l’organisation du travail. Il révèle, en outre, le point de départ de convictions socialistes de Tinayre, l’idée que le capital doit appartenir à ceux qui le produisent. En 1866, elle participe à la création de la coopérative de consommation Les équitables de Paris qu’elle affilie à l’Association internationale des travailleurs, la première organisation internationale ouvrière. De plus en plus engagée, elle prend la parole dans des conférences propageant ainsi ses idées socialistes et antireligieuses. Elle ouvre également une maison d’édition, Tinayre-Guerrier, où elle publie des méthodes d’enseignement probablement rédigées par elle sous le pseudonyme de Jean Tinayre. Lors de la Commune de Paris (mars-mai 1871), évènement insurrectionnel et autogestionnaire, elle est nommée inspectrice générale des écoles primaires. Elle joue alors un rôle fondamental dans la laïcisation de l’enseignement, c’est-à-dire la transformation des écoles privées tenues par l’Église en des écoles publiques gérées par l’État. Lors de la répression de la révolution parisienne, elle échappe de peu à une exécution sommaire, au contraire de son mari. Elle sera condamnée à la déportation par contumace pour faits insurrectionnels.

Réfugiée à Genève, elle emménage au 67 route de Carouge. Tout en poursuivant ses activités révolutionnaires, elle y gagne sa vie comme institutrice. Elle y déploie sa pédagogie fondée sur l’idée de suivre les dispositions naturelles de l’enfant et de construire des méthodes par rapport à ses gouts. Dans une situation financière difficile, elle place deux de ses cinq enfants en Hongrie et les rejoint en 1873. Elle donne des leçons privées notamment à Budapest, des conférences et écrit des comptines, des rondes ainsi que des poèmes. Rentrée en France en 1879, elle est amnistiée en 1880. Face aux divisions des socialistes, elle s’en éloigne peu à peu et rejoint le courant positiviste d’Auguste Comte. Elle ouvre une seconde maison d’édition, Kéva & Cie, où elle publie des ouvrages pédagogiques. Avec Louise Michel, elle écrit deux romans sociaux : La misère et Les méprisées. La collaboration entre les deux femmes se passe mal à cause de profonds désaccords idéologiques. Tinayre a peu à peu adopté une perspective réformiste, tandis que Michel reste convaincue que seule l’abolition de toute forme de gouvernement permettra la fin de l’exploitation de l’humain par l’humain. Publiés en feuilleton entre 1881 et 1882, ces textes connaissent néanmoins un énorme succès public, sont traduits dans plusieurs langues et réédités jusqu’en 1890.

Engagée au sein du Familistère de Guise en 1883, une coopérative d’habitation et de consommation ouvrière, Tinayre est nommée Directrice de la section des écoles. De retour à Paris, elle devient institutrice déléguée à l’Hospice en 1886. Elle continue de militer pour la cause des femmes au sein de la Société pour l’amélioration du sort de la femme et de ses droits, société qui œuvre notamment pour que soient reconnues l’équivalence entre les cerveaux masculins et féminins ainsi que l’égalité salariale. Très malade les dix dernières années de sa vie, elle décède en 1895 dans une pension de Neuilly-sur-Seine.


(LP)

Œuvres (sélection)
  • La Marguerite : nouvelle villageoise, (sous le pseudonyme de Jules Paty), Argenteuil, Imprimerie Worms, 1872.
  • Un rêve de femme, (sous le pseudonyme de Jules Paty), (Tome I et II), Argenteuil, Imprimerie Worms, 1865.
  • Edgar Quinet et Alfred de Musset enfants, Paris, Kéva, 1880-1881.
  • Raspail, Michelet enfants, Paris, Kéva, 1881.
  • Avec Louise Michel, La Misère, (sous le pseudonyme de Jean Guêtré), Paris, Librairie républicaine, 1881.
  • Avec Louise Michel, Les méprisées. Grand roman de mœurs parisiennes, (sous le pseudonyme de Jean Guêtré), Paris, Fayard, 1881-1882.
  • Manuel de calcul, à l’usage des mères et des maîtresses d’école maternelle, Paris, P. Guérin, 1884.
  • Victor Hugo enfant, Paris, Kéva, 1885.
Bibliographie