OUVRIERES HORLOGERES DE GENEVE
Christophe François von Ziegler (1855- 1909), Atelier d’horloger au XVIIIe siècle à Genève, 1879 Huile sur toile, 126 x 81 cm  © MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. HM 26

OUVRIERES HORLOGERES DE GENEVE

18ème-19ème siècles

L’horlogerie, production qui a fait pour partie la réputation et la richesse de Genève, est un domaine largement investi par les femmes. Au XIXe siècle, elles occupent environ un tiers des postes dans ce champ d’activité. Même si la profession d’horloger, au sens strict, leur est interdite, elles se spécialisent dans la fabrication de différents éléments des montres. Ainsi, les ouvrières de l’horlogerie fabriquent les chainettes, c’est-à-dire ce qui entraine les roues, les aiguilles, les piliers, les spiraux, elles polissent les pièces et posent la dorure. Le réglage des montres devient aussi l’une de leur spécialité.

En 1843, une classe d’horlogerie est ouverte à Genève spécialement pour la formation des jeunes filles (l’école d’horlogerie avait été fondée en 1824). Mais le règlement précise bien que les élèves ne doivent apprendre à fabriquer que « les parties d’horlogerie que les hommes de chez nous ne font plus ». La crainte de la concurrence féminine est ici tout à fait explicite. Moins payées que les hommes, généralement précaires, les horlogères assurent aussi souvent des tâches malsaines. Certaines, à cause du travail de dorure, souffre d’intoxication au mercure.

Les métiers de l’horlogerie se pratiquaient majoritairement à la maison ou dans des ateliers, relativement petits mais extérieurs au domicile, à cause des outils nécessaires. Entre le XVIIIe et le XIXe siècle, ouvrières et ouvriers commencent donc à sortir de chez eux pour exercer leur profession. Eparpillé.e.s dans la ville, elles et ils faisaient partie de ce que l’on appelait « la Fabrique ». Parce que le travail se faisait dans un « cabinet », un espace aménagé dans les combles de la maison, on les appelait aussi les cabinotiers, mot dont le féminin reste à inventer. Les ateliers se situaient principalement dans la basse ville, autour de Bel Air. Ils étaient majoritairement concentrés dans le quartier de Saint-Gervais, la pente permettant à chaque immeuble de bénéficier de suffisamment de lumière. En 1860, l’horlogerie occupe 14% de la population active totale à Genève.

Au XVIIIe et XIXe siècle, la Fabrique était un lieu – ou plutôt un réseau – de la contestation sociale et démocratique genevoise. Et si l’historiographie passe sous silence l’action politique des femmes dans ce cadre, on peut se douter qu’elles étaient pleinement partie prenante des émeutes et des révolutions. En effet, leurs statuts et leurs revenus dépendaient, comme ceux des hommes, de la bonne gestion des affaires de la cité. Ceci étant, les études montrent qu’au XIXe siècle les femmes se regroupent moins que les hommes en association professionnelle et que leurs rapports aux syndicats de l’horlogerie dominés par leurs confrères sont parfois difficiles. On trouve néanmoins, par exemple, une société de secours mutuels fondée en 1869 regroupant les « dames polisseuses et chaînistes ».


(SSI)

Bibliographie
  • Lachat, Stéphanie, Ouvrières, ménagères, mères : un siècle d'articulation famille/emploi dans l'industrie horlogère suisse (1870-1970), Thèse présentée à la Faculté des sciences économiques et sociales, Genève, Université de Genève, 2013.
  • Lachat, Stéphanie, Les pionnières du temps : vies professionnelles et familiales des ouvrières de l'industrie horlogère suisse (1870-1970), Neuchâtel, Éditions Alphil - Presses universitaires suisses, 2014.
  • Marti, Laurence, « Entre exclusions et hésitations : femmes et syndicalisme dans l'horlogerie au 19e siècle (1830-1912) », Cahiers d'histoire du mouvement ouvrier, vol. 29, 2013, pp. 11-26.
  • Mottu-Weber, Liliane, « Les lieux du travail féminin à Genève sous l’Ancien Régime (16e-18e siècles) », in Käppeli, Anne-Marie (dir.), Le guide des femmes disparues = Forgotten women of Geneva, Genève, Metropolis, 1993, pp. 99-113.
  • Palmieri, Daniel, Herrmann, Irène, Faubourg Saint-Gervais, mythes retrouvés, Genève, Saint-Gervais, Slatkine, 1995.