Marie HUBER

Marie HUBER

1695-1753, Théologienne

Née à Genève le 4 mars 1695 et morte à Lyon le 13 juin 1753, Marie Huber est une philosophe et théologienne genevoise.

Fille de Jean-Jacques Huber, négociant-banquier et d’Anne-Catherine Calandrini, Marie Huber est, par sa mère, la petite-fille du pasteur Bénédict Calandrini (1639-1720), théologien réputé et professeur à l’Académie. Marie Huber grandit, avec ses frères et sœurs, dans un milieu fortuné, qui manifeste sur le plan religieux des sympathies pour le courant spirituel protestant du piétisme. Marie et sa famille s’installent à Lyon en 1711 où elle réside, célibataire, jusqu’à sa mort.

Dans sa jeunesse, Marie Huber ne semble pas poursuivre d’études régulières. Elle élève son esprit de manière autodidacte, se consacre aux bonnes œuvres et à la lecture de la Bible mais entretient également une correspondance avec son grand-oncle maternel, Nicolas Fatio de Duillier (1664-1753), géomètre et astronome proche de Newton, connu aussi pour ses positions radicales sur le plan religieux.

Influencée par le climat spirituel de son milieu, suite à une inspiration divine, à l’âge de vingt ans Marie Huber se rend seule à Genève, afin de réprimander la communauté citadine et les pasteurs pour leurs mauvaises mœurs. La tentative missionnaire se concluant par un échec, Marie Huber rentre à Lyon. Les correspondances familiales indiquent que cette mauvaise expérience la plonge dans un état de santé nécessitant une retraite à la campagne jusqu’à son amélioration, en 1719.

Elle semble renoncer alors à un engagement religieux actif jusqu’à la publication de son premier ouvrage en 1722, Ecrit sur le Jeu et les Plaisirs, aujourd’hui perdu. Marie Huber publie en 1731 vingt-quatre dialogues ou « promenades » à caractère philosophique avec le titre Le Monde fou préféré au monde sage et un ouvrage critique à caractère religieux, les Sentimens differens de quelques théologiens sur l’état des âmes séparées des corps.

A travers ces deux publications, qui ont connu un grand rayonnement, Marie Huber introduit sa pensée. Seules les vérités fondées sur la nature de Dieu sont certaines contrairement aux vérités véhiculées par l’esprit humain, qui peuvent avoir été altérées. Marie Huber développera et radicalisera encore sa pensée dans un ouvrage successif, en 1738. Dans les Lettres sur la religion essentielle à l’homme, elle parcourt l’intégralité de la théologie chrétienne, sa morale et ses institutions, qu’elle critique vivement. Cette œuvre suscite des réponses de la part des théologiens de l’orthodoxie réformée genevoise.

En 1753, Marie Huber revient à des questions d’ordre moral et social en publiant la traduction commentée d’articles sur les femmes et l’éducation tirés du journal anglais The Spectator.

De son vivant, toutes les œuvres de Marie Huber sont publiées sans nom d’auteur. Cependant, le voile de l’anonymat est soulevé au fil des controverses et on commence à questionner l’identité féminine de l’auteur. L’année suivant la disparition de Marie Huber, un ouvrage publié à titre posthume par sa famille à Lyon, révèle enfin le nom de l’autrice.

Marie Huber est en bonne partie une figure insaisissable sur le plan biographique. Comme autrice, elle a exercé anonymement une influence certaine sur la scène intellectuelle de son temps au vu des nombreuses traductions et rééditions de ses œuvres à Amsterdam, Londres et Genève ainsi que l’usage, par Jean-Jacques Rousseau de ses Lettres sur la religion essentielle comme une source principale d’inspiration pour écrire La Profession de foi du vicaire savoyard.


(PD)

Œuvres (premières éditions)
  • Le Monde fou préféré au monde sage, en vingt-quatre promenades de trois amis, Criton philosophe, Philon avocat, Eraste négociant, Amsterdam/Genève, J. Wetsteins et W. Smith/Fabri et Barrillot, 1731.
  • Sentimens differens de quelques théologiens sur l'état des âmes séparées des corps en quatorze lettres, [s.l], [s.n], 1731.
  • Lettres sur la religion essentielle à l'homme, distinguée de ce qui n'en est que l'accessoire, Amsterdam, J.Wetsteins et W. Smith, 1738.
Bibliographie
  • Krumenacker, Yves, « Marie Huber », in Société internationale pour l’étude des femmes de l’Ancien Régime, 2007, (http://siefar.org/dictionnaire/fr/Marie_Huber).
  • Pitassi, Maria-Cristina, « Marie Huber. Genève, 1695 – Lyon, 1753 » in Deuber Ziegler Erica, Tikhonov Natalia (dir.), Les femmes dans la mémoire de Genève. Du XVe au XXe siècle, Genève, Editions Suzanne Hurter, 2005, pp. 66-67 ; 96.
  • Pitassi, Maria-Cristina, « Huber, Marie » in Dictionnaire historique de la Suisse, 12 septembre 2006, (http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F11227.php).
  • Pitassi, Maria-Cristina, « Le cas Marie Huber (1695-1753). Contexte, influences et censures d’une théologie radicale. Introduction », Revue d’histoire et de philosophie religieuse, n° 3, 2018, pp. 231-237.