Marguerite FRICK-CRAMER

1887-1963, Déléguée du CICR

Née le 28 décembre 1887 à Genève, décédée le 22 octobre 1963 au même endroit, Renée-Marguerite Cramer débute une carrière d’historienne avant de devenir la première femme déléguée, puis membre du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Fille d’Eugénie Léonie Micheli et de Louis Cramer, régisseur et membre du Consistoire, elle grandit dans une famille de la bourgeoisie genevoise. À ce titre, plusieurs membres de sa famille, plus ou moins éloignés, siègent en même temps qu’elle au CICR.

Licenciée de droit à l’Université de Genève en 1910, puis docteure ès lettres, Renée-Marguerite Cramer se spécialise en histoire de la Confédération helvétique et se dirige un temps vers des recherches universitaires. En 1911 et en 1913, elle reçoit à deux reprises le Prix Ador d’histoire pour la qualité de ses travaux consacrés aux relations politiques et diplomatiques de Genève au XIXe siècle : Les relations politiques de Genève et des Suisses au 18e siècle et Les relations diplomatiques de Genève de 1814 à 1816. En 1914, elle publie son ouvrage le plus célèbre, Genève et les Suisses, lors du Centenaire du rattachement de la ville à la Confédération. Quatre ans plus tard, elle devient professeure suppléante d’histoire nationale à l’Université de Genève.

Au cours de la Première Guerre mondiale, Renée-Marguerite Cramer se rapproche également du CICR : elle participe à la création de l’Agence internationale des prisonniers de guerre (AIPG) de Genève et préside, aux côtés de Jacques Chenevière, le service dédié aux prisonniers de l’Entente. En 1918, après un premier semestre d’enseignement à l’université, celle qui était désignée pour remplacer l’historien Charles Borgeaud, est la première femme à devenir membre du comité, l’organe dirigeant du CICR, où l’entrée se fait par cooptation. Elle se rapproche, dès lors, du parcours de son grand-père maternel, qui avait été l’un des premiers membres de l’institution. En 1920, elle se marie avec Édouard Frick, qui est délégué général du CICR pour l’Europe orientale.

Au cours de sa fonction, de 1918 à 1946, Renée-Marguerite Cramer participe à la rédaction de la Convention de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre et à celle du projet dit de Tokyo en 1934. Celui-ci n’aboutit pas, malgré son ambition de protéger les civils de nationalités ennemies en temps de guerre. Plus particulièrement, au cours de la Seconde Guerre mondiale, Renée-Marguerite Cramer milite en faveur d’une intervention contre les déportations commises par l’Allemagne nazie. Pour cela, elle insiste auprès des présidents du CICR, Max Huber et Carl J. Burckhardt, pour qu’un appel soit lancé par l’institution à ce sujet et qu’un émissaire soit envoyé à Berlin pour discuter du sort des prisonniers politiques. Mais, sa proposition est rejetée par une partie importante du comité. En 1946, Renée-Marguerite Cramer finit par démissionner du CICR, mais, elle est nommée membre honoraire jusqu’à la fin de sa vie. Elle s’éteint le 22 octobre 1963 à Genève.


(CM)

Bibliographie
  • Palmieri, Daniel, « Marguerite Frick-Cramer » in Ziegler Deuber, Erica, Tikhonov, Natalia, Les Femmes dans la mémoire de Genève, Genève, Éditions Susan Hurter, 2005, pp. 182-183.
  • Pavillon, Monique, « Les femmes suisses face à la Deuxième Duerre mondiale », in Matériaux pour l’histoire de notre temps, 2009, n° 93, pp. 49-59.
  • « Prix Ador, Prix Disier, Prix Hentsch, Prix Humbert, Prix universitaires et Prix universitaires non décernés. 1870-1992 », in CH BGE 1-127, Catalogue des manuscrits, Bibliothèque de Genève.
  • Rossi, Frédéric, Vuilleumier, Christophe, Quel est le salaud qui m’a poussé ? Cent figures de l’histoire suisse, Gollion, Infolio, 2016.
  • Vonèche, Cardia, « Les raisons du silence du comité international de la Croix-Rouge (CICR) face aux déportations », in Revue d’Histoire de la Shoah, n° 203, 2015, pp. 87-122.