Louise De FROTTÉ

Louise De FROTTÉ

1617-1692, Femme de lettres

Née en 1617 (le lieu de naissance n’est pas connu) et morte à Genève le 31 janvier 1692, Louise de Frotté est une figure marquante, mais aujourd’hui méconnue, de la vie culturelle genevoise du XVIIe siècle. Elle est honorée par ses correspondants pour ses connaissances linguistiques, ses lectures et ses bons conseils. Les données biographiques sur elle sont néanmoins fragmentaires et incomplètes.

Louise de Frotté est issue de deux familles de l'élite genevoise. Son père s’appelle Charles-Benjamin Colladon de Frotté, tandis que sa mère, Suzanne de Mayerne, est la sœur de Théodore Turquet de Mayerne (1573-1655), médecin genevois du roi de France Henri IV, de son fils Louis XIII, puis des rois d’Angleterre Jacques Ier et Charles Ier.

Les informations sur son enfance sont rares. Après la disparition de ses parents, elle aurait été élevée avec sa sœur Aimée en Angleterre par son oncle maternel, qui lui lègue son portrait, attribué à Rubens, un tableau qui était déjà considéré de son temps comme ayant de la valeur. Théodore Turquet de Mayerne lui transmet également la recette, secrète et réputée, de l’Eau cordiale (il s’agit fort probablement d’une infusion alcoolisée d’écorces de citron), qui était alors très en vogue comme tonique.

Veuve d’un Richard Windsor, qu’elle avait épousé en Angleterre, elle revient à Genève, où elle s’établit au cours des années 1660. Son salon domestique devient alors un lieu d’échanges intellectuels et de sociabilité savante. Louise de Frotté voyage aussi à Paris ; grâce à son réseau familial international, elle est en correspondance avec diplomates et hommes de lettres protestants (Jean-Jacobé de Fremont d’Ablancourt, Marc-Antoine de la Bastide), ainsi qu’avec le philosophe Pierre Bayle et son frère Joseph, qu’elle introduit à ses connaissances à Paris. Elle échange également des missives avec la mathématicienne et philosophe vénitienne Elena Cornaro Piscopia (1646-1684), première femme au monde détentrice d’un titre académique (1678, doctorat de philosophie, Université de Padoue). Louise de Frotté en parle en termes élogieux dans une lettre adressée à l’historien genevois Gregorio Leti, italien d’origine, auquel est ainsi aimablement reproché de ne pas tenir compte des femmes lettrées dans son répertoire des académies et des savants d’Italie. La lettre de Louise de Frotté est publiée en 1676 par l’historien, qui corrige les indications sur la savante vénitienne, lui adresse ses excuses, et fait l’éloge de son savoir.

Les épîtres qui nous sont parvenues de Louise de Frotté transmettent en effet l’image d’une femme très cultivée, lectrice exigeante et critique, et épistolière brillante. Les hommes de lettres de son réseau insistent également sur ses qualités de polyglotte : elle a une connaissance approfondie des langues espagnole, italienne, française et anglaise, qu’elle parle couramment sans accent. De cette manière, dans sa maison, les membres des élites genevoises peuvent entrer plus aisément en contact avec les voyageurs étrangers de passage à Genève.

Louise de Frotté décède dans sa maison, après une longue maladie. Elle lègue à l’une de ses nièces et héritières, Isabelle Colladon, le fameux portrait de Théodore Turquet de Mayerne, qui, quelques générations après, sera offert à la Bibliothèque de Genève. Elle lui transmet également la recette de l’Eau cordiale, qui, au début du XIXe siècle, était encore connue par le pharmacien genevois Jean-Antoine Colladon (1755-1830).


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Sources
  • Leti, Gregorio, L'Italia regnante o vero nova descritione dello stato presente di tutti prencipati e republiche d'Italia, vol. 4, Geneva, Guglielmo e Pietro de la Pietra, 1676, pp. 65-69.
  • McKenna, Anthony, Vial-Bonacci Fabienne (dir.), Édition électronique de la correspondance de Pierre Bayle, (http://bayle-correspondance.univ-st-etienne.fr/?lang=fr).
  • Pitassi, Maria-Cristina, Inventaire critique de la correspondance de Jean-Alphonse Turrettini, Paris, Champion, Genève, Slatkine, 2009, 6 vol.
Bibliographie