Henriette SALOZ-JOUDRA
Dreifuss, Jean-Jacques, « Les premières étudiantes à la Faculté de médecine et leurs activités professionnelles à Genève », Gesnerus : Swiss Journal of the history of medicine and sciences, No. 48 (1991), pp. 431.

Henriette SALOZ-JOUDRA

1855-1928, Médecin

Née Henriette Joudra en 1855 à Vitebsk dans l’Empire russe, elle est morte en 1928 à Genève. Henriette Saloz-Joudra est la première femme médecin à avoir ouvert son propre cabinet à Genève.

Fille d’une famille d’aristocrates russo-polonais, elle grandit à Vitbesk et débute sa scolarité à Saint-Pétersbourg. Son oncle, Nikolaï Progov (1810-1881) est médecin et soutient l’instruction féminine dans les domaines des sciences et de la médecine. Cependant, les formations médicales russes sont non-mixtes et ne délivrent pas le diplôme de médecin aux femmes mais seulement celui de « sage-femme savante ». Elle se rend alors en Suisse pour poursuivre ses études.

À Genève, l’université est officiellement fondée en 1873 et intègre le principe de mixité dans ses statuts, la Faculté de Médecine est donc accessible aux femmes. Henriette Joudra rejoint les bancs de la faculté à partir de 1876 en tant qu’auditrice puis devient officiellement étudiante entre 1877 et 1881. Elle soutient une thèse de doctorat en cardiologie en juin 1883, intitulée Contribution à l’étude clinique du bruit de galop. Quelques mois après avoir reçu son titre de médecin, elle épouse un de ses collègues, Charles Eugène Saloz. Ils ont ensemble deux fils qui poursuivent la même carrière que leurs parents avec des études de médecine à l’Université de Genève.

Le couple Saloz-Joudra s’installe dans le quartier de Rive à Genève et ils ouvrent leurs cabinets dans le même immeuble, chacun proposant ses propres consultations. Henriette Saloz-Joudra reçoit principalement des femmes et des enfants et assure, en parallèle de la médecine générale, des activités gynécologiques, obstétricales et pédiatriques. Sa clientèle est nombreuse et lui offre une activité pérenne, une aisance financière et la renommée d’une femme active, compétente et indépendante.

Son succès ne permet cependant pas de faire évoluer la situation des femmes médecins à Genève. En 1894, Henriette Saloz-Joudra soumet sa candidature pour être admise à la Société médicale de Genève. Celle-ci est refusée et dans le rapport annuel de la Société, publié pour cette même année, il est écrit que : « Sur la proposition de quelques membres, notre bureau s’est réuni et nous avons même tenu une séance extraordinaire pour examiner l’opportunité de quelques modifications à nos règlements. Le résultat de ces réunions a été que, pour le moment, aucun changement n’est nécessaire. » Suite au refus de la candidature de sa femme, Charles décide de ne pas y entrer non plus. Après avoir soigné les Genevois et les Genevoises pendant plus de quarante ans, Henriette Saloz-Joudra cesse de pratiquer en 1926, lorsqu’elle est victime d’un accident et perd la vue. Elle s’éteint deux ans plus tard.


(MS)

Bibliographie
  • Dreifuss, Jean-Jacques, « Les premières étudiantes à la Faculté de médecine et leurs activités professionnelles à Genève », Gesnerus : Swiss Journal of the history of medicine and sciences, n°48, 1991, pp. 429-438.
  • Dreifuss, Jean-Jacques, Tokhonov, Natalia, « Henriette Saloz-Joudra », in Deuber Ziegler, Erica, Tikhonov, Natalia (dir.), Les Femmes dans la mémoire de Genève. Du XVe au XXe siècle, Genève, Éditions Suzanne Hurter, 2005, pp. 135-136.