Henriette BONNA

Henriette BONNA

dite Baudichon, ~1510-~1537, Militante protestante

Née vers 1510 et morte vers 1537, Henriette Bonna est une citadine genevoise impliquée dans la diffusion des idées protestantes. Elle s’est engagée dans les troubles populaires qui ont précédé l’adhésion de la ville à la Réforme entre 1535 et 1536. Les notices qui la concernent sont rares. Comme pour la plupart des femmes de cette époque, tout niveau social confondu, les quelques données biographiques connues découlent des documents liés à l’activité économique et aux parcours de vie des hommes de son entourage. De par son origine familiale et son mariage, Henriette Bonna appartient aux élites de Genève. À ce jour, ses dates exactes de naissance et de mort ne sont pas connues. Dans son contrat nuptial avec le marchand drapier Jean, dit Baudichon, de La Maisonneuve, en 1527, elle est indiquée comme la fille du conseiller Aymon Bonna. Elle devait avoir autour de vingt ans, ou un peu moins. En 1538, Baudichon de la Maisonneuve stipule devant un notaire son deuxième contrat de mariage. Henriette Bonna devait être morte quelque temps auparavant.

Dans les années 1530, Genève est traversée par de violents troubles entre groupes politiques opposés sur le plan religieux. Les chroniques de l’époque soulignent que toutes les citadines participent activement aux conflits dans les rues. Les provocations des militant.e.s protestant.e.s, dites évangéliques ou « évangelistes », sont accompagnées d’actions spécifiques de dissidence des femmes. Parmi ces activistes au quotidien, on mentionne souvent Henriette Bonna, indiquée comme « la femme de Baudichon ».

Les gestes de son engagement politico-religieux sont signalés aussi par des actes judiciaires. Dans le procès intenté à son mari Baudichon, emprisonné à Lyon avec l’accusation d’hérésie, Henriette figure dans le récit des témoins à charge. Ceux-ci relatent avoir entendu dire à Genève qu’elle s’était montrée à la fenêtre en compagnie de sa domestique, filant ostensiblement la laine lors du passage de la procession solennelle de la Fête-Dieu, pour signifier leur opposition à cette dévotion. Henriette Bonna aurait notamment apostrophé les prêtres qui chantaient les litanies et les femmes qui les suivaient. À une autre occasion, elle serait entrée en dispute avec l’un des déposants au procès, le traitant de « papiste », et revendiquant son appartenance au parti « luthérien » (du nom du réformateur allemand Martin Luther), ainsi que son implication personnelle dans l’arrivée des prédicateurs protestants dans la ville.

En effet, dans une lettre dont la copie est conservée dans le dossier du procès, elle écrit à Baudichon de La Maisonneuve, qui était à Francfort, pour l’informer des progrès de la prédication évangélique. Dans la conclusion de sa lettre, elle féminise le nom de son époux, qu’elle ajoute au sien, en signant aimablement « la toute vostre femme Anrite (orthographe phonétique pour le nom Henriette) Baudichone ». Les historiens genevois du XIXe siècle qui ont produit les premières histoires de la Réforme ont depuis l’habitude de mentionner Henriette Bonna comme Henriette Baudichon. Avec ce nom, elle figure également dans un bas-relief du Monument international de la Réformation (1909-1917) qui se trouve dans le parc des Bastions : Henriette Bonna est représentée sur le Mur des réformateurs accompagnant la sage-femme qui tient un nouveau-né entre ses bras pour le présenter au prédicateur protestant qui le baptisera : l’image représente le premier baptême célébré à Genève par les membres du groupe évangélique, réunis par Baudichon de La Maisonneuve et Henriette Bonna, qui entendent par-là refuser publiquement la présence des prêtres, considérés des faux pasteurs, dans l’administration des sacrements au peuple chrétien.


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Bibliographie
Source
  • Baum, Johann-Wilhelm (éd.), Procès de Baudichon de La Maison Neuve, accusée d'hérésie à Lyon : 1534, Genève, J.-G. Fick, 1873.
Travaux
  • Hochuli Dubuis, Paule, « La Maisonneuve, Baudichon », in Dictionnaire historique de la Suisse, (http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F25662.php).
  • Naef, Henri, Les origines de la Réforme à Genève, Tome II, Librairie Alexandre Jullien, Genève 1968.
  • Solfaroli Camilocci, Daniela, « Les Genevoises prêchent. Activisme et résistances des femmes », in Grosse, Christian, Dunant, Anouck, Fornerod, Nicolas, Gross, Geneviève, Solfaroli Camilocci, Daniela, Vernhes Rappaz, Sonia, Côté chaire, côté rue : l'impact de la Réforme sur la vie quotidienne à Genève (1517-1617), Genève, La Baconnière, 2018.
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