Hélène De MANDROT
Portrait d’Hélène de Mandrot peint par Ernest Biéler, 1904, Château de La Sarraz, Suisse (image sur Wikipedia).

Hélène De MANDROT

1867-1948, Artiste et mécène

Née à Genève le 27 novembre 1867 et décédée à Toulon le 26 décembre 1948, Hélène de Mandrot, nommée Hélène Revilliod avant son mariage, est une artiste et mécène genevoise. Ayant vu le jour dans la demeure familiale située à la rue des Granges, elle est issue d’une grande famille genevoise, dotée d’un important patrimoine économique, politique, mais aussi culturel. En témoigne, pour ce dernier domaine, la fondation du musée de l’Ariana par le grand-oncle d’Hélène de Mandrot, Gustave Revilliod (1817-1890). Le gout pour les arts dont hérite Hélène de Mandrot est probablement également inspiré par son père, Aloys Revilliod, qui collectionne les porcelaines d’Extrême-Orient.

Hélène de Mandrot étudie les arts tout d’abord à Genève, puis à Paris et à Munich. Malgré la rareté des informations concernant sa formation, tout comme à propos de son existence avant son mariage, elle aurait fréquenté les cours de Joseph Mittey à l’école des arts industriels de Genève, dans une classe ouverte en 1879. L’enseignement prodigué dans ces leçons est dans un premier temps dédié principalement à la décoration sur céramique, avant d’être élargi aux pratiques artistiques envisagées à l’époque comme « féminines », telle l’aquarelle. Dans les années 1890, elle se rend à Paris, où elle suit les cours de la prestigieuse Académie Julian, avant d’effectuer un séjour à Munich – un des principaux centres d’Europe pour la production et la formation en matière d’arts décoratifs. À la suite de cette formation, Hélène de Mandrot entreprend une carrière artistique indépendante. Dans ce contexte, elle prend part à diverses manifestations tant genevoises qu’internationales d’envergure. Entre 1900 et 1906, lors des municipales de Genève, elle présente des natures mortes à l’huile ainsi que des réalisations sur métal et sur cuir. En outre, en 1903, le deuxième prix de la première Exposition internationale et industrielle d’ouvrages en métal et en pierre de Saint-Pétersbourg récompense son travail.

Un autre pan de son activité artistique se situe dans le mécénat, en tant que fervente promotrice des arts et collectionneuse. À l’âge de trente-neuf ans, en 1906, Hélène épouse Henri de Mandrot, un médecin qui hérite du château de La Sarraz. Ce lieu, qui rassemble régulièrement des personnalités genevoises des arts et des lettres, est choisi par Hélène de Mandrot pour y fonder l’école de broderie de La Sarraz. Parmi les diverses implications artistiques de cette période de son existence, elle collabore à l’Œuvre (Association romande de l’art et l’industrie) en 1913, dont elle démissionnera en 1931, qui vise à promouvoir le savoir-faire national des artistes, architectes et industriels.

La considérable fortune dont elle dispose à la mort de son époux en 1920, en plus de l’héritage paternel, lui ouvre de nouvelles perspectives et lui donne les moyens de s’investir davantage dans son activité de promotrice des formes d’expression d’avant-garde et contemporaines. Grâce à cette indépendance, elle voyage à travers le monde et étend son réseau professionnel et social bien au-delà du milieu genevois. L’année 1922 voit la fondation par Hélène de Mandrot de la Maison des artistes, conçue comme un lieu d’échanges stimulants entre peintres, sculpteurs, architectes et un foyer vivant des arts. Durant l’été 1922, elle y accueille un premier groupe d’artistes suisses pour des « Vacances d’artistes ». Par la suite, des artistes internationaux se joignent à eux, au long des séjours qu’elle organise à diverses reprises, accueillant un grand nombre d’artistes. En 1928, un tournant se produit lorsque la Maison des artistes organise le premier Congrès international d’architecture moderne (CIAM) au château de La Sarraz. Si l’investissement de Le Corbusier donne du poids à cette entreprise, Hélène de Mandrot parvient à s’imposer comme hôtesse de la manifestation, tâche malaisée dans le milieu fortement masculin de l’architecture. Porté par cette réussite, le château de La Sarraz accueille l’année suivante, en 1929, le Congrès international du cinéma indépendant (CICI). À partir des années 1930, La Sarraz poursuit sa mission d’accueil des artistes, devenant un lieu de refuge pour l’avant-garde internationale lors de la montée des totalitarismes. Malade, Hélène de Mandrot meurt dans sa maison du Pradet, conçue par Le Corbusier, le 26 septembre 1948.


(A-LD)

Bibliographie
  • Baudin, Antoine, « Hélène de Mandrot », in Dictionnaire historique de la Suisse, (https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/027743/2008-08-25/).
  • Baudin, Antoine, Hélène de Mandrot et la Maison des artistes de La Sarraz, Lausanne, Payot, 1998.
  • Dallera, Corinne, « Hélène de Mandrot-Revilliod », in Lamamra, Nadia, Dallera, Corinne, Du salon à l’usine, vingt portraits de femmes : un autre regard sur l’histoire du canton de Vaud, Lausanne, ADF-CLAFV, 2003, pp. 103-116.
  • « Maison des artistes, PP869 », Archives cantonales vaudoises.
  • Pilet, Jean-Marie, Hélène de Mandrot et la Maison des artistes de La Sarraz : chronique - extraits des archives, éléments de la correspondance : 1920-1948, Lausanne, Archives de la Maison des artistes, 2000.