Dora D'ISTRIA

1828-1888, Écrivaine

Née le 3 février 1828 à Bucarest et décédée le 17 novembre 1888 à Florence, Elena Ghica est une femme de lettres roumaine, plus connue sous le pseudonyme de Dora d’Istria. Fille de Catinca Faca, d’origine grecque, et de Mihail Ghica, ministre des affaires étrangères de la Valachie et frère du prince régnant de cette région – Grigore IV Ghica –, elle grandit dans une famille de la haute aristocratie et acquiert une éducation cosmopolite. Polyglotte, elle maîtrise le roumain, l’italien, le français, l’anglais, le grec, l’albanais, le russe et le latin. A partir de 1842, suite à la destitution de son oncle, sa famille s’exile à Vienne, Berlin, Dresde puis Venise, avant de retourner à Bucarest en 1847.

Elena Ghica débute son travail d’écriture après son mariage avec le prince russe Alexander Kolzoff-Massalski en 1849 et leur emménagement à Saint-Pétersbourg, où elle est confrontée au régime autocratique du tsar. Lors de la guerre de Crimée, entre 1853 et 1856, elle se positionne en faveur de l’indépendance des provinces roumaines, autrement dit, contre le protectorat russe. Devenue persona non grata et séparée de son mari, elle quitte la Russie en 1855 et s’installe un temps en Suisse dans les villes de Genève, d’Aarau, de Lugano et de Veytaux. Elle y fait paraître son premier ouvrage, La vie monastique dans l’église orientale, où elle défend une position anticléricale. De son séjour dans la Confédération helvétique, elle publie deux monuments : Au bord des lacs helvétiques et La Suisse allemande et l’ascension du Moench en quatre volumes. Dans cette série, elle s’attèle à la fois à « peindre les magnifiques paysages de l’Helvétie » et à « faire connaître le peuple suisse, ses habitudes intellectuelles et morales, son état social, son organisation politique, ses opinions religieuses, les idées qu’il représente, le rôle qu’il joue dans le développement de la civilisation européenne. » Elle se rend par la suite dans plusieurs régions d’Europe, telles que la Grèce ou encore l’Allemagne, avant de s’établir à Florence en 1870.

Les principaux écrits de Dora d’Istria portent aussi bien sur les nationalités – roumaine, albanaise, serbe et hellénique (La nationalité roumaine d’après les sons populaires, Les Albanais des deux côtés de l’Adriatique) que sur l’histoire des conditions féminines en Orient (Les femmes en Orient) et en Occident (Des femmes, par une femme). Dans divers ouvrages, elle exprime son attachement à sa terre natale : « Tous mes rêves ont été pour elle, toutes les luttes que j’ai engagées, toutes les souffrances auxquelles j’ai résisté n’ont eu qu’une seule cause : un ardent patriotisme, auquel je renoncerai qu’avec la vie ». Dora d’Istria entretient également des relations étroites avec les milieux nationalistes albanais et défend l’existence d’une nation albanaise sans critère d’appartenance religieux. Partisane de l’émancipation des femmes, elle moque aussi « les principaux philosophes » du XVIIIe siècle – Molière, La Fontaine, Voltaire, Rousseau et Diderot – qui « ne se préoccupent nullement de l’amélioration de la condition de notre sexe ». Elle œuvre, dès lors, à la reconnaissance du travail de femmes en littérature et en philosophie, telles que Mesdames du Chastelet, de La Fayette, de Warens, d’Epinay, de Graffigny, ou encore de Tencin.

Au cours du XIXe siècle, Dora d’Istria devient l’une des écrivaines les plus célèbres de son temps et collabore avec plusieurs revues prestigieuses, telles que La Revue des Deux Mondes, l’Illustration, la Rivista Europea, la Nuova Antologica et l’Internationale Revue de Vienne. Elle choisit de rédiger l’ensemble de son œuvre en langue française. En hommage à son travail, Demetrio Camarda lui dédie son anthologie de la poésie albanaise en 1870.


(CM)

Œuvres (sélection)
  • La vie monastique dans l’église orientale, Paris, Genève, Cherbuliez, 1855.
  • La Suisse allemande et l’ascension du Moench, Genève, Joël Cherbuliez, 4 vol.
  • Les femmes en Orient. La péninsule orientale, Zürich, Meyer & Zeller, 1859, vol. 1.
  • Les femmes en Orient. La Russie, Zürich, Meyer & Zeller, 1860, vol. 2.
  • Au bord des lacs helvétiques, Genève, Joël Cherbuliez, 1861.
  • Des femmes, par une femme. La société latine, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie., 1865, vol. 2.
  • Des femmes, par une femme. La société germanique, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie., 1865, vol. 2.
  • La poésie des Ottomans, Paris, Maisonneuve, 1877.
Bibliographie
  • Clayer, Nathalie, Aux origines du nationalisme albanais, Editions Khartala, Paris, 2006, pp. 193-240.
  • Chapelan, Mihaela, « L’identité rhizomatique de Dora d’Istria », RELIEF - Revue Électronique de Littérature Française, vol. 6, no. 1, 2012, pp. 126-135 (http://doi.org/10.18352/relief.765).
  • Hinckel, Laure, « Dora d’Istria (princesse Elena KOLTZOFF-MASSALSKY, née GHICA, dite comtesse [BUCAREST 1828 - FLORENCE 1888]. Ecrivaine roumaine » in Didier, Béatrice, Fouque, Antoinette, Calle-Gruber, Mireille (dir.), Le Dictionnaire universel des créatrices, Paris, Des femmes Antoinette Fouque, 2015 (version numérique) (https://www.dictionnaire-creatrices.com/).
  • Zenepe, Dibra, « Gjjika, Elena (Elena Ghica, pen-name DORA D’ISTRIA) (1828?-1888?) », in De Haan, Francisca, Daskalova, Krassimira, Loufti, Anna (dir.), A biographical dictionary of women’s movements and feminisms. Central, Eastern, and South Eastern Europe, 19th and 20th Centuries, Budapest, New York, CEU Press, 2006, pp. 158-160.
  • Site de la famille Ghica (http://www.ghyka.com/Divers/Dora%20d%27Istria/Dora%20d%27Istria.htm).