Carole ROUSSOPOULOS
Photo: Association Carole Roussopoulos

Carole ROUSSOPOULOS

1945-2009, Vidéaste

Née en 1945 à Lausanne et décédée en 2009 à Sion, fille de Miriel Dorane Van der Zee et de Louis de Kalbermatten, banquier. Carole Roussopoulos est une vidéaste et militante féministe, elle a réalisé plus de cent-vingt documentaires portant sur les luttes féministes, sociales, antiracistes et LGBT.

Roussopoulos grandit à Sion, puis commence des études de Lettres à l’Université de Lausanne. Installée à Paris dès 1967 sous le prétexte de poursuivre son cursus à la Sorbonne, elle travaille pour le journal Vogue, fréquentant ainsi, pour la première fois, des femmes indépendantes. Licenciée, elle s’achète une caméra vidéo portable (un Portapak de Sony) avec son indemnité, devenant la deuxième personne en France à en posséder une, après Jean-Luc Godard. Elle se rend en Palestine lors du Septembre noir – un conflit entre la Jordanie et l’Organisation de libération de la Palestine (1970-1971) – où elle tourne, avec son mari Paul R., le documentaire Hussein, le Néron d’Amman. En 1971, elle fonde, avec ce dernier, le collectif « Vidéo out » dont l’objectif est de passer le micro à tous.t.e.x.s les opprimé.e.x.s et les exclu.e.x.s. Grâce à la vidéo portée par Roussopoulos, les luttes des années 70 sont filmées à travers le regard de celles et ceux qui les font : les grévistes de Lip, les Palestinien.ne.x.s, les Black Panthers, les homosexuel.le.x.s, les mobilisé.e.x.s pour l’avortement ainsi que pour une contraception libre et gratuite ou les prostituées de Lyon. Roussopoulos rejoint le Mouvement de libération des femmes (MLF), participant à de multiples actions dont elle célèbre l’alliance entre subversion et humour. Pour elle, « [t]oute femme qui décide de ne plus être un paillasson, […], est féministe ». Avec le collectif « Insoumuse » (Roussopoulos, Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Nadja Ringart), elle réalise deux films qui deviendront cultes pour les mouvements féministes : Miso et Maso vont en bateau (1976) et S.C.U.M. manifesto (1976), basé sur le texte de Valérie Solanas.

Au début des années 80, Roussopoulous fonde le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir avec Delphine Seyrig et Ioana Wieder. Cet espace a pour vocation de conserver et de créer des documents audiovisuels concernant les luttes féminines, l’histoire des femmes et leurs activités créatrices. En 1986, elle rachète L’entrepôt à Paris, lieu de projections et de meetings politiques. Elle fait faillite en 1994 et, la même année, retourne en Suisse. Gagnant de l’argent grâce à ses films dès les années 80, Roussopoulos réalise des documentaires plus conventionnels portant sur des sujets sociétaux comme les femmes au travail (agricultrices, conchylicultrices, travailleuses de la mer), l’inceste, l’excision, les violences conjugales, la prison ou les soins palliatifs. Elle décède d’un cancer le 22 octobre 2009 à Sion.


(LP)

Œuvres (sélection)
  • Genet parle d’Angela Davis [vidéo], 1970, 7 minutes.
  • Le F.H.A.R (Front homosexuel d’action révolutionnaire) [vidéo], 1971, 26 minutes.
  • Monique (Lip 1) [vidéo], 1973, 25 minutes.
  • Les prostituées de Lyon parlent [vidéo], 1975, 40 minutes.
  • Avec Delphine Seyrig, S.C.U.M. manifesto [vidéo], 1976, 27 minutes.
  • Avec Nadja Ringart, Delphine Seyrig, Ioana Wieder, Maso et Miso vont en bateau [vidéo], 1976, 55 minutes.
  • Flo Kennedy : portrait d’une féministe américaine [vidéo], 1982, 59 minutes.
  • L’inceste, la conspiration des oreilles bouchées [vidéo], 1988, 30 minutes.
  • Debout ! : une histoire du Mouvement de libération des femmes (1970-1980) [vidéo], 1999, 90 minutes.
  • Avec Véronique Ducret, Rina Nissim, Marchons Avançons Résistons en Suisse romande : la coordination suisse de la Marche mondiale des femmes – Suisse 2002 [vidéo], 2002, 31 minutes.
Bibliographie
  • Brenez, Nicole, Fargier, Jean-Paul (et alii), Caméra militante : luttes de libération des années 1970, Genève, MétisPresses, 2010.
  • Fleckinger, Hélène, Roussopoulos, Carole, « Une révolution du regard. Entretien avec Carole Roussopoulos, réalisatrice féministe », Nouvelles questions féministes, vol. 28, n° 1, 2009, pp. 98-118.
  • Delphy, Christine, Fleckinger, Hélène, « Une géante du documentaire politique disparaît. Carole Roussopoulos, réalisatrice féministe, nous a quitté.e.s », Nouvelles questions féministes, vol. 29, n° 1, pp. 4-5.
  • Martin, Marie-Claude, « Carole Roussopoulos (1945-2009). Géante de la vidéo portable », in Adler, Tibère, Parzer Epp, Verena, Wirz, Claudia (eds), Pionnières de la Suisse moderne. Des femmes qui ont vécu la liberté, Genève, Slatkine, 2014, pp. 169-172.
  • « Carole Roussopoulos », in Wikipédia, (https://fr.wikipedia.org/wiki/Carole_Roussopoulos).