Béatrice De PORTUGAL

1504-1538, Duchesse de Savoie

Née à Lisbonne le 31 décembre 1504, morte à Nice en 1538, Béatrice de Portugal est la fille du roi de Portugal Emmanuel 1er et de son épouse, Marie de Castille. Elle se maria le 1er octobre 1521 avec le duc Charles II de Savoie (également nommé Charles III), qui mit en œuvre dès 1516 des négociations dans le but de contracter une union avec elle. En plus du besoin qu’avait le duc de s’assurer une descendance, la généreuse contribution financière au trésor du duché que représentait la dot de Béatrice de Portugal n’était pas sans intérêt. Après plusieurs ambassades, le contrat de mariage fut conclu le 26 mars 1521 à Lisbonne.

Il fallut attendre le 4 août 1523 pour que Béatrice de Portugal franchisse les portes de Genève. Les Chroniques de Genève, composées par François Bonivard, relatent son entrée ainsi que l’accueil que les habitants de la ville lui réservèrent. La cérémonie qui prit place à cette occasion se compte au nombre des « joyeuses entrées » et s’avère hautement symbolique sur le plan politique. Ce type de cérémonies permet en effet d’affirmer les liens établis entre le prince – dans ce cas précis entre cette dernière duchesse de Savoie ayant eu des droits sur Genève – et ses sujets. Ceux-ci manifestent leur fidélité envers le nouveau dirigeant ou la nouvelle dirigeante, tandis que la cité reçoit en échange des privilèges d’ordre commercial ou politique. À l’occasion de ce fastueux rituel, Béatrice de Portugal fut accueillie par les Genevois à Plainpalais, puis tout au long de sa déambulation dans la ville, où de somptueux décors avaient été dressés et diverses attractions mises en place en son honneur. Toutefois, malgré cette atmosphère festive, la cérémonie se déroula dans le contexte des rapports conflictuels et tendus entre les habitants de la cité du bout du lac et le duché de Savoie.

Femme cultivée, comptant les classiques latins parmi ses lectures, Béatrice de Portugal connaissait bien la politique internationale. Elle s’impliqua activement dans les affaires de l’État savoyard à travers plusieurs biais d’agissement, notamment par la liberté quant au gouvernement du duché que lui laissaient les absences de son époux. Ainsi, ses correspondances témoignent des nombreux conseils qu’elle adressa à Charles II dans le cadre du conflit entre le duché et Genève, prenant de l’ampleur en particulier entre 1530 et 1534. Ses recommandations se portèrent à l’encontre d’une résolution par les armes en exhortant Charles II dans ce sens, ce qui n’empêcha toutefois pas la guerre d’éclater. Béatrice de Portugal se réfugia dans un premier temps à Milan, puis à Verceil. Elle entreprit de réunir des fonds et assista Charles avec vigueur dans sa lutte, notamment en lui faisant parvenir des renforts. À Nice en 1538, elle décéda après avoir mis au monde un fils en 1537, Jean-Marie, mort peu de temps après sa naissance. La duchesse fut ensevelie dans la cathédrale de Nice, au sein de la chapelle Saint-Barthélemy.


(A-LD)

Bibliographie
  • Brero, Thalia, « Amères réjouissances : la duchesse de Savoie à Genève », Passé simple, vol. 11, 2016, pp. 18-20.
  • Brero, Thalia, « Les joyeuses entrées, des célébrations festives formalisant des rapports de pouvoir. Le cas de la maison de Savoie à Genève (XVe-XVIe siècle) », Didactica Historica, vol. 4, 2018, pp. 19-25.
  • Brero, Thalia, Rituels dynastiques et mises en scène du pouvoir : le cérémonial princier à la cour de Savoie (1450-1550), Florence, Sismel-Edizioni del Galluzzo, 2017, pp. 598-599.
  • Marini, Lemigio, « Beatrice di Portogallo », in Dizionario Biografico degli Italiani, Rome, vol. 7, 1970, pp. 363-367.
  • Pibiri, Eva, « Béatrice de Portugal », in Ziegler Deuber, Erica, Tikhonov, Natalia (dir.), Les Femmes dans la mémoire de Genève, Genève, Éditions Susan Hurter, 2005, pp. 36-37.